FABLES #86

Publié le par Youtokine Toumi

Scénario: Bill Willingham
Dessins: Jim Fern
Encrage: Craig Hamilton

Après le crossover complètement raté entre Fables, Jack of Fables et The Literals, une mini-série créée juste pour l'occasion, Bill Willingham revient à la trame principale de Fables et les choses redeviennent enfin sérieuses.
Willingham a perdu un peu de crédibilité à mes yeux après The "Great" Fables Crossover qui s'est avéré n'être en fin de compte qu'un pétard mouillé, mais on n'efface pas 7 ans de qualité ininterrompu avec une seule erreur de parcours.
Pour ceux qui ne connaissent pas, le concept de Fables peut sembler à priori très con. Des personnages de contes de fées célèbres tels que Blanche-Neige, le loup du chaperon rouge, Pinocchio ou encore Cendrillon existent dans la réalité et ont créé une communauté de "Fables" au sein de New York, suite à un exil forcé de leur univers enchanté. C'est mignon, hein? Oui, sauf que Willingham manie l'anachronisme avec une virtuosité proche du génie. C'est ainsi que dans Fables, par exemple, le Prince Charmant de Blanche-Neige, la Belle au Bois Dormant et Cendrillon se trouve être une seule et même personne qui s'est fait les trois donzelles mais se trouve incapable de faire durer un mariage à cause de sa propension maladive à courir les jupons; que Gepetto, le gentil papa de Pinocchio, se révèle être un maniaque dont le talent pour créer des marionnettes vivantes a déchainé des ambitions de conquête tels qu'il se trouve être la cause de l'exil des Fables; que les sept nains de Blanche-Neige ont été remplacés par les sept gosses qu'elle a eu avec le loup du chaperon-rouge; bon, vous voyez le genre?...
Dans le numéro 86, Willingham introduit un nouveau personnage, Dunster Happ, dont on apprend qu'il fut le magicien à l'origine de la capture du Dark Man, le nouveau vilain de service maintenant que Gepetto a été calmé. Happ et Dark Man sont de parfaits exemples du talent de Willingham pour créer des personnages charismatiques qu'on a envie de revoir. Une fois de plus, Willingham parvient à doser parfaitement les éléments mystère et richesse de développement pour donner corps à ses personnages tout en leur laissant assez de marge pour évoluer dans n'importe quelle direction. On comprend pourquoi Fables, après avoir gagné l'Eisner Award de la meilleure nouvelle série en 2003 se trouve parmi les nominés de la meilleure "ongoing" série sept ans après sa création.
Ah oui, au fait, je ne parle pratiquement jamais des artistes mais il faut signaler que le duo Fern/Hamilton, que ce soit dans l'expressivité des personnages ou le niveau de détail des décors, est tout bonnement sensationnel dans ce numéro. Plusieurs cases m'ont fait me dire qu'à leur place (surtout celle de Fern) j'aurais jeté l'éponge. Regardez ça:

ou encore ça:

Non, ce n'est pas du photoshop:

Dans la dernière case, je me serais arrêté à 4 pierres tombales, 3 feuilles d'arbre et  1 bâtiment:

Pour en revenir à Willingham, je ne sais pas comment il se débrouille pour ne pas tomber dans le recyclage de clichés ou la parodie lourdingue mais on ne peut qu'espèrer, pour le bonheur de tout fan non seulement de BD mais aussi tout simplement de bonnes histoires bien conçues, que son talent pour détourner de manière intelligente les vieux contes de notre enfance dure le plus longtemps possible.
Et, s'il te plait, Bill, la prochaine que tu voudras faire un crossover, sois sûr d'avoir une histoire potable avant de te lancer, hein? S'il te plait. (oui, je le tutoie, c'est mon pote)

Note: je viens d'apprendre que Willingham a gagné l'Eisner du meilleur scénariste cette année. Je vous jure que le choix de Fables pour cet article est pure coïncidence mais ça tombe bien.

Prochainement: Warehouse 13
Publicité

Publié dans Comics DC

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article