SWEET TOOTH #1

Publié le par Youtokine Toumi

Scénario et Dessins: Jeff Lemire

OK, on repasse aux choses (plus ou moins) sérieuses.
Vertigo, la branche de DC spécialisée dans les comics pour "lecteurs murs", vient de sortir sa dernière cuvée. Pour ceux qui ne connaissent pas, "lecteurs murs" ne veut pas dire que Vertigo tape dans le porno mais que leurs publications sont destinées à un public plus adulte que le lecteur moyen de Superman ou de la Justice League. Les titres de Vertigo sont en effet empreints d'une violence qui vaudrait certainement une interdiction aux moins de 12 ans si c'était des films, et abordent des thèmes soit beaucoup plus sérieux que l'éternel conflit "gentil contre méchant" soit un peu trop abstrait pour retenir l'attention d'un pré-ado en quête de pur divertissement. On trouve ainsi dans le giron de Vertigo des comics comme "Hellblazer", "Preacher" de Garth Ennis, "Sandman" de Neil Gaiman, "Y: The Last Man" de Brian K. Vaughan, "Sandman Mystery Theatre" de Matt Wagner et Steven Seagle, ou plus récemment "Fables" de Bill Willingham, "Scalped" de Jason Aaron, et "Unknown Soldier" de Joshua Dysart.
Ceux qui connaissent seront, je pense, d'accord pour dire qu'au moins un des titres cités fait partie des lectures indispensables à tout fan de comics qui se respecte, ce qui fait de Vertigo un passage obligé pour quiconque souhaite faire un tour d'horizon de la BD américaine.
Comme je l'avais dit dans ma critique de Greek Street, Vertigo se plante rarement (voire jamais?) dans le choix de leurs nouvelles publications et on peut donc à ce stade leur faire pratiquement aveuglément confiance lorsqu'il s'agit de découvrir des jeunes talents.
Ce qui nous amène à Jeff Lemire.
Coincidence pure, Jeff Lemire, tout comme Terry Moore dont j'avais parlé dans ma dernière critique de comic, assure non seulement l'écriture mais aussi les dessins de ses oeuvres. C'est, je tiens à le souligner encore une fois, une qualité rare pour une BD américaine soumise au rythme pas si évident que ça de la parution mensuelle.
Lemire débarque du Canada et s'est fait connaitre grâce à "Essex County", une trilogie récompensée de plusieurs awards et nominée deux fois aux Eisner dans les catégories Best Graphic Album et Best Writer/Artist.
Pas étonnant donc qu'il ait attiré l'attention de Vertigo mais qu'en est-il donc de "Sweet Tooth"?
Je ne sais pas si c'est dû à l'approche de la fameuse conjoncture du calendrier Maya censé prédire la fin du monde pour 2012 mais il semblerait que le genre "science-fiction post-apocalyptique" connaisse un regain de vigueur de plus en plus prononcé ces temps-ci. Entre "Crossed" de Garth Ennis (que je qualifierais au passage de comic le plus violent de tous les temps), le "2012" de Roland "Laisse tomber Fondation, je t'en supplie" Emmerich prochainement au ciné, l'adaptation récente de "I Am Legend" ou les incursions de X-Factor ou de Cable dans le futur chez Marvel, il semble y avoir une espèce de consensus sur le fait que l'avenir ressemblera plus à Mad Max qu'à Star Trek.
"Sweet Tooth" parle en effet du voyage que devra entreprendre Gus, un jeune garçon de 11 ans devenu orphelin dans ce premier épisode et qui a pour caractéristique non négligeable d'être né avec des cornes de cerfs, conséquence d'une mutation dérivée d'une pandémie dont l'origine est pour l'instant mystérieuse et qui a eue pour effet d'éradiquer 90% de la population terrestre et de faire de tous les enfants nés durant les dix dernières années des hybrides humains/animaux. Gus a été maintenu toute sa vie à l'écart du reste de l'humanité par son père qui l'a élevé seul dans un recoin de forêt du Nebraska. Obligé de se débrouiller pour survivre au décès de ce dernier, Gus entre en contact de façon.. comment dire... hyper-violente avec trois êtres humains dont l'un ne sortira pas indemne du premier épisode.
Un épisode qui se lit assez vite et n'a pratiquement pour but que d'introduire les deux personnages principaux de cette saga que Lemire décrit comme épique. Je n'en dirais pas plus (en fait, tout est pratiquement dit concernant l'histoire :p) si ce n'est qu'on peut résumer ce premier numéro en un mot: intriguant.
Pour ce qui est des dessins, le trait de Lemire a un côté amateuriste qui pourra peut-être en rebuter certains mais je trouve qu'il maitrise admirablement les cadrages et les jeux d'ombre.


Le numéro 1 de Sweet Tooth fait donc mouche pour ce qui est du but recherché, c'est-à-dire nous faire mordre à l'hameçon, mais il est encore trop tôt pour dire si cette série atteindra une longévité honorable, et surtout si Vertigo a encore une fois fait preuve de génie comme éditeur de grands classiques.
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Publié dans Comics DC

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W
Le point de départ est sacrément original... Je suis curieux de savoir ce que vaut la suite
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Y
<br /> Oui, le "pilote" est assez accrocheur et le concept donne envie de lire la suite. Surtout pour un gros fan de SF comme moi. Si ça vaut le coup, j'en reparlerai peut-être dans quelques mois.<br /> <br /> <br />