GOODBYE SOLO

Publié le par Youtokine Toumi

Réal.: Ramin Bahrani
Avec: Souleymane Sy Savané, Red West

Je ne sais si je dois me plaindre ou me réjouir de la pauvreté de l'offre cinématographique estivale. Entre des enièmes suites de franchises et un Stephen Sommers, moi qui suis pourtant un gros fan de blockbusters, je me sens particulièrement frustré par les productions hollywoodiennes cette année. Pour quelles raisons devrais-je me réjouir alors? Parce qu'en un sens ça me force à m'interésser à des petits films indépendents qui d'ordinaire n'auraient pas du tout attirés mon attention.
Et parmi elles, il y a des gemmes. Genre "Goodbye Solo". Bon, j'avoue, l'idée de voir ce film ne m'a pas été inspirée par un coup de génie. Sorti en mars dernier aux U.S., "Goodbye Solo" a été encensé de réactions positives par environ 9 critiques américaines sur 10. Il fallait donc que je vois (voie? voye? vusse?) de quoi il s'agissait.
Et en effet, ça vaut le détour.
"Goodbye Solo" est une oeuvre émouvante, profondément humaniste, qui prouve tout d'abords que les meilleurs effets spéciaux et les scènes d'action les plus spectaculaires n'arriveront jamais à la cheville d'une bonne histoire, du genre de celles qui vous prend aux tripes et vous font penser au film longtemps après l'avoir vu.
Pour résumer en une phrase, "Goodbye Solo" raconte l'impuissance d'un chauffeur de taxi à dissuader un vieil homme de renoncer au suicide.
Le premier point fort du film est l'interprétation absolument sans faille de ses acteurs principaux.
Souleymane Sy Savané, un ex-mannequin et star de télé au Sénégal, interprète Solo, le chauffeur de taxi, avec un charisme qui vous maintient littéralement dans le film et une capacité à convoyer des émotions complexes dans les scènes sans dialogues qui en dit long sur son talent d'acteur. En face de lui, Red West, qui a passé la totalité de sa carrière en tant que figurant et cascadeur et qui est en fait plus connu pour avoir fait partie du cercle intime d'Elvis Presley, joue avec une justesse impeccable le rôle de William, le vieil homme bourru et associal qu'on sent pourtant doté d'un puits de tendresse sans fond mais qu'il n'a apparemment jamais su exprimer.
Toutes les critiques ont présentées cette histoire comme celle d'une "amitié improbable" entre les deux protagonistes, en ne tarissant pas d'éloges sur le scénario. C'est là que je me permettrai d'apporter un petit bémol. Car, en effet, la façon dont Solo et William tissent des liens d'attachement est amenée de façon subtile et plausible mais autant on peut deviner les raisons (bien qu'elles ne soient jamais clairement dévoilées) pour lesquelles le vieil homme est décidé à mourir, autant il me semble que l'acharnement de Solo à vouloir lui sauver la vie frise le harcèlement. Je n'ai vu cet aspect de l'histoire soulignée par aucune des critiques que j'ai lues or il me semble que c'est une question aussi légitime que celle de savoir pourquoi William tient tellement à en finir avec la vie.
Mais qu'importe. Ramin Bahrani fait manifestement partie de ces réalisateurs assez intelligents pour laisser le spectateur s'interroger au lieu de lui imposer des réponses indiscutables. "Goodbye Solo" fera donc, à mon avis, partie de ces films qui, pour ceux qui l'auront vu, donneront du plaisir à débattre, echanger ses points de vue, confronter ses visions.
Je ne pense pas gâcher le plaisir en vous révélant qu'il ne faut pas s'attendre à un happy ending dans ce film. Car malgré la tristesse des dernières images, on ressort de ce film avec un rappel essentiel, une véritable leçon de vie: il existe des gens dans ce monde qui méritent un respect inconditionnel. Non pas parce qu'ils sont puissants ou intelligents ou talentueux ou même courageux, mais tout simplement parce qu'ils débordent de générosité.

Sortie en France: le 09 Septembre prochain

Prochainement: Echo
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Publié dans Cinéma

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